... dans une grande ville où les gens sont pressés, un homme qui marchait. Un homme tout simple. Un homme pris dans la tourmente du temps qui passe et l'emmene avec lui.
Il est passé devant une jeune fille. Elle était assise sur la marche du perron d'un immeuble. Son dos appuyé contre une porte lourde au fer forgé de lassitude. Elle avait la tête baissée.
Ce n'est pas la jeune femme que l'homme remarqua. Non. Mais le rectangle de carton blanc qu'elle tenait entre les mains, sur ces genoux serrés. Il lu les mots qu'elle y avait écrits. Il fut touché par l'écriture. Mais il ne s'arrêta pas. Ses pas pressés déjà, machinalement, l'emmenaient ailleurs, vers son quotidien chaud et douillé.
C'était l'hiver.
Lui est toujours dans un monde privilégier et il se dit heureux. Il l'écrit, il le dit. Il le ressent, il le sait.
Elle, elle n'a pas levé sa tête. Elle n'a pas montrer ses yeux, son regard. Elle n'a pas bougé. Elle n'a pas parlé. Seul son écriteau de fortune racontait son instant, son ressenti, la vie de son matin, de son hier aussi peut-être.
Le temps est passé. Le compteur des années a tourné. Il est toujours dans son monde douillet. Mais quelque par dans un coin de sa tête, dans un coin de son coeur, il y a toujours cette femme et ses mots. Ses mots écrits qui sont aussi dans un coin de sa conscience à lui.
Pourquoi ne s'est-il pas arrêté ? Pourquoi ne s'est-il pas approché d'elle ? Juste lui demander ce qui se passait. Si elle allait bien.
Juste sortir du tourbillon urbain, du tourbillon d'une vie réglée, d'un vie rangée pour entrer dans son monde à elle. Un instant. Un tout petit instant.
Un instant qui aurait pu devenir une éternité sans son coeur à elle. Une de ces chaleur dont elle devait manquer le plus et qui, aujourd"hui, peut-être la réchaufferait encore.
Non, rien. Il est passé devant elle. Elle est restée assise au sol avec son morceau de carton. Et ses mots tracés, écrits.
Elle, je ne sais pas qui elle était, qui elle est. Mais lui je le connais bien. Lui... c'est moi.
Moi qui repense à elle.
Moi ne suis pas fier de cet instant. Mais j'ai appris beaucoup sur moi, ce matin là. Ce matin-là qui résonne encore en moi aujourd"hui.
Aujourd'hui, c'est le jour de Noël. Et je repense à elle. Qu'est-elle devenue ?
Elle était une Blanche-Neige ce matin-là. Elle s'est peut-être endormie pour longtemps, pour cent ans. J'aurais pu être le prince charmand de sa journée. Il ne suffisait peut-être que d'un mot. D'un sourire. Que sais-je ?
Je n'ai été qu'un prince indifférent, un prince maudit. Minable.
Elle était assise là. Je n'ai pas vu son visage d'être humain. Je n'ai pas entendu le son de sa voix de femme. Non. Mais j'ai entendu son cri. Deux mots tous simples. Deux mots écrits sur le carton entre ses mains. Deux mots écrits en moi aujourd"hui. Moi qui ne me suis pas arrêté !
Elle devait avoir dix-huit ou vingt ans.
Elle était enceinte.
Sur son carton, elle avait crié :
"AU SECOURS"
Et je ne me suis pas arrêté.
Photo : P'tit Bob
Aujourdhui, je sais que cette jeune femme n'était pas sur mon chemin par hasard. J'ai reçu une leçon ce matin-là. Une sacrée leçon.
Aujourd'hui, c'est Noël. J'espère qu'elle est heureuse et que la vie lui sourit auprès de son enfant qui doit avoir aujourd"hui, l'âge qu'elle avait alors ce matin là.
Parmis les bougies que j'ai allumées en ce jour dit de fêtes, il y en a une qui brûle pour vous et que je vous dédiée, Madame. Comme un souhait, un voeux. Comme une excuse.
Joyeux Noël à vous. Merci.