Citation

"... LE ELEPHANT QUI BARISSAIT DANS LE MACHINET..."

Jeanine E. (Isère)

666

Il fait parti de ceux que l'on critique facilement. Pourtant il a été le pionnier dans le monde de la mode à bien des points de vue. Il a notamment fait scandale en mettant de la musique sur ses défilés et en présentant le premier mannequin noir. Oui, scandale ! Qui a oublié ses robe en métal ? Et j'en passe...

Dans les livres qu'il a écrits, il a livré sans pudeur, au-delà d'une biographie en bonne et due forme, ses croyances, ses espérances et ses peurs. Au fil de ses pages, j'ai découvert un homme d'une culture incroyable. Ces lectures m'ont fasciné. Que l'on aime ou que l'on desteste, il ne peut laisser indifférent. La critique est trop aisée et Paco Rabanne, puisque c'est de lui dont il s'agit, a été une cible facile aux railleries de tous genres, sans que la plupart des doigts pointés n'ait jamais feuilleté une seule des pages qu'il a rédigée.

Mais peu importe ! L'essentiel est qu'après avoir lu ses livres, je n'en suis pas sorti intact. J'ai beaucoup appris de lui, et grâce à lui, et tant pis pour ceux qui n'y ont rien compris ou que ses vérités effraient.

Dans l'un des ses ouvrages publié en 1994, "La Fin des temps - D'une ère à l'autre", Paco Rabanne raconte un fait troublant dont son analyse ne m'a pas laissé indifférent. Aujourd'hui, il se vérifie hélas trop souvent.

Ce passage le voici :

Paco_rabanne_1

"Les signes des Temps... La télévision se proposait (...) à l'origine, d'être pour nous une fenêtre sur le monde ; trop souvent désormais, elle n'est plus qu'une lanterne-mirage qui nous fait miroiter des oasis sans âme. Elle entraîne les spectateurs dans une lente spirale vers le bas, hélice hypnotique qui les condamne à l'apathie pendant que, dehors, se joue le sort de l'humanité. Je citais (...) cette étrange épitaphe trouvée dans un cimetière anglais, sur une stèle du XVIe siècle : "Quand les images sembleront vivantes et seront animées par leurs propres mouvements, alors la moitié du monde s'effondrera dans le sang." La télévision, après la radio, représenterait-elle la fameuse Bête de l'Apocalypse de saint Jean, qui régnera sur la Terre, asservissant les hommes, avant la fin des Temps?

Dans "Trajectoire", j'ai évoqué le choc que j'avais reçu en visitant New York, pour la première fois, dans les années soixante. Au coeur de la ville, sur la façade d'un gratte-ciel, j'ai pu voir trois gigantesques chiffres lumineux. Trois 6, soit 666 : le nom codé, donné dans l'Apocalypse à la "Bête" au sujet de laquelle on s'est tant posé de questions !

Je restais là, en arrêt devant ce nombre, incapable d'en comprendre la présence sur ce mur. On m'appris alors qu'il s'agissait de la fréquence hertzienne choisie par la première émission de radio...

J'eus aussitôt le sentiment que tout se mettait en place dans ma vision des choses. Pour moi, il ne faisait aucun doute que les ondes hertziennes, baptisées au chiffre de la Bête, figuraient le moyen de propagande de celle-ci. Radio, d'abord, puis télévision : "On lui donna le pouvoir d'animer l'image de la Bête pour la faire parler", dit Jean. Cette image qui s'anime, donc bouge, et qui parle, qu'est-ce d'autre que l'image télévisuelle, communication informatique et électroniques dont nous disposons désormais ?

(...) Au départ, ces inventions, comme toutes celles de la sicence, avaient des aspects positifs évidents, voire des projets nobles : tout ce qui favorise le dialogue et la communication peut rapporcher les hommes, et les avantages pédagogiques, professionnels ou simplement ludiques de ces technologies nouvelles sont indéniables. Seulement, on ne s'est pas assez méfié de la Bête qui, pour mieux séduire, s'avance masquée, comptant sur les défaillances ou déviances humaines. Il s'agissait pour elle, en premier lieu, d'asservir le genre humain. C'est plutôt réussi : aujourd'hui les programmes télévisés comme les banques de données forment de gigantesques toiles d'araignées qui quadrillent l'ensemble de la planète (...). Aucun de nous ne peut prétendre y échapper. "Qui égale la Bête, et qui peut lutter contre elle ? s'interroge l'Apocalypse de saint Jean (chapitre 13, verset 4 à 7). On lui donnera pouvoir sur toute race, peuple, langue ou nation."

(...) N'y a-t-il pas de quoi frémir en voyant ce qui se dessine ? Nous savons par exemple que nous sommes tous plusieurs fois fichés sur ordinateur. Notre passeport dans le monde est devenu une carte de crédit magnétique. Sans son code, nous ne pouvons rien. Or que lisons-nous dans l'Apocalypse de saint Jean ? "Par manoeuvres de la Bête, tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, se feront marquer sur la main ou le front, et nul ne pourra rien acheter ni vendre s'il n'est pas marqué du nom de la Bête ou au chiffre de son nom." On me reproche une interprétation abusive ? Récemment, devant l'augmentation des vols de cartes de crédit, les banques mondiales ont étudié le projet d'une puce électronique qui serait incérée dans les doigts de la main et qui permettrait à chacun de faire ses achats, mais aussi d'ouvrir sa voiture ou sa maison. La carte de crédit deviendra biologique...

Quant aux médias, nous avons longtemps voulu croire à l'objectivité de leurs informations : depuis la Révolution roumaine et la guerre du Golfe, nous avons perdu beaucoup de nos illusions. Nous sommes entièrement manipulés, à un bout ou l'autre de la chaîne, par une formidable machine potentielle de désinformation et de fanatisation.

(...) M'accusera-t-on encore de noirdir le tableau si je déplore de voir aujourd'hui les jeunes délaisser leurs livres pour des consoles de jeux vidéos ? Quel parent n'a-t-il pas été effrayé devant le regard halluciné de ses enfants mesmérisés par le clignotement infernal de ces images électroniques ? Aujourd'hui, on apprend que leur abus est dangeureux pour la santé et provoque parfois des crises d'épilepsie...

Se dirige-t-on vers une humanité lobotomisée ? Est-ce à tort que je m'inquiète lorsque j'entends les informaticiens nous parler de la prochaine étape, qui est celle des "mondes virtuels" ?

Les spectateurs deviendront acteurs, mais sur un monde imaginaire. Un casque-bandeau sur les yeux, le corps équipé de palpeurs sensibles, ils pourront véritablement entrer dans l'image en trois dimensions, y saisir des objets, y vivre une aventure plus ou moins programmée avec les partenaires de leur choix. Ce procédé ouvre des perspectives extraordinaires dans le domaine des jeux et de l'illusion intégrale. Vous pourrez jouer au tennis, visiter Pékin, massacrer tous vos voisins ou vivre vos pulsions érotiques les plus folles... sans jamais quitter votre fauteuil. Rien que de très logique ici : le bonheur individuel devait trouver son aboutissement ultime dans le plaisir solitaire. Mais celui-ci se fera au détriment de la mobilité et de la lucidité. La Bête de l'Apocalypse pouvait-elle rêver meilleur moyen de contrôle que cette machine à rêver ? Les gens ne vivront plus qu'en fantasmes. Triomphe de l'abrutissement, opium absolu, avènement de l'homme robotisé...

Ainsi pourrait s'établir le règne de la Bête (si toutefois il n'a pas déjà commencé). Ce sont du moins les images et les appréhensions que m'a inspiré le chiffre 666.

(...) Ceci reste bien sûr une interprétation personnelle, loin d'être unique en son genre."

Ce texte date de 1994. Combien de ce qu'a écrit Paco Rabanne s'est réalisé ou est en voie de l'être ? Je vous laisse y réfléchir.

"LA FIN DES TEMPS" - Paco Rabanne - Editions Michel Lafon

Le souvenir...

"Le souvenir,

c'est la présence dans l'absence,

c'est la parole dans le silence,

c'est le retour sans fin d'un bonheur passé

auquel le coeur donne l'immortalité."

Lacordaire

photo P'tit Bob - reproduction interditeDscn0691 

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