Le temps de l'amour

Dscn5586_3 Il y a un an. Jour pour jour.

La musique et la joie feurissaient la cour, la maison et les coeurs de votre union. Vous étiez beaux. Vous étiez heureux. Et vous graviez en nous cet instant de bonheur pour le reste de nos jours.

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Toi, ma belle, tes mains-tableau au tracé délicat de henné,  tes yeux-sourire plus brillant que les scintillements de ta robe magnifique... Heureuse.

Toi, simplement.

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Toi, mon Grand, mon fiston, tes bisous-velour sur nos joues rebondies de sourires, tes mains d'homme face à son destin dans les nôtres tremblantes d'émotion. Toi, si beau, si fier... Heureux.

Toi, simplement.

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Et nous.

Comme nous, vous ne faisiez et ne ferez plus qu'un. Nous qui avons grandi de votre amour. Grandi de bonheur, de satisfaction, de soulagement.

Comme l'artiste voit sous ses mains apparaître et naître ses désirs, ses rêves fous... Comme le jardinier s'émeut de voir que, d'une graine semée, la vie lui offre la plus belle des fleurs.

Et le temps fait son oeuvre. Et le temps passe. Mais l'amour demeure.

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Un an déjà. Jour pour jour.

Et rien que d'écrire ces mots, je revois vos visages. Je ressens les ondes lègères de l'amour. Votre amour entre vous. Votre amour pour nous. Notre amour pour vous. Notre amour pour nous deux que vous embélissiez alors, et encore aujourd"hui.

Je revois le ciel bleu. Je revois la nuit. Je ressens les larmes carressant nos visages pour un calin dans nos cous. J'entends encore les rires, les chants et les prières qui nous soulevaient de terre. Je sens encore l'encens qui enivre s'évaporant dans les airs comme ne le fera jamais ce lien entre nous, cet amour, cette histoire que la vie m'a donnée...nous a donnée.

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Ce jour-là, j'ai vu son visage.

Une fois encore.

J'ai dis merci la Vie.

Ce jour-là, j'ai reconnu sa présence.

Il était là, encore auprès de moi, pour lui, pour vous. Et je ne souhaite qu'une chose c'est que de moi jusqu'à vous, et entre nus, il marche encore longtemps.

Lui, le bonheur.

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Je vous aime, les enfants.

Votre bonheur est ma récompense.

La route de Momo

Dscn5246 Non, ceci n'est pas une route qui entre comme mille routes dans une ville comme mille villes.

C'est le café capucin que Momo boit chaque matin. Le Boga-menthe qui rafraîchit l'après-midi.

C'est les mains qui se lèvent pour l'inviter à leur table.

C'est des sourires et des regards inconnus que pourtant il connait et parfois reconnait.

C'est l'attente des ouvriers, l'espoir d'un travail pour la journée.

C'est la voix d'Oum Kalthoum qui s'élève et s'envole dans la vapeur enivrante des chichas.

C'est un oiseau qui chante dans la tonnelle parasol avant de se perdre minuscule dans le bleu éblouissant du ciel.

C'est un enfant qui tient et serre fort la main de sa mère pour traverser.

C'est le vieil homme qui revient de la boulangerie, portant entre ses mains le pain familial et salue de son sourire édenté ceux installés à la terrasse du café.

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C'est Momo qui regarde sans se lasser les choses simples pour lui et tellement compliquées pour les autres là bas.

C'est Momo qui rit. C'est Momo qui n'oublie rien, qui se souvient pour que son futur devienne son passé.

C'est Momo qui trébuche sur les mots maladoits qu'il emploie comme un hommage à leur langue.

C'est Momo qui se dit à chaque fois que c'est peut-être la dernière fois. Momo qui sait la richesse de son instant.

Et Momo c'est le nom que donne le serveur blagueur au petit homme un peu trop blanc installé à la table du Café du Nord. Momo qui regarde cette route banale et tellement anodine pour beaucoup mais qui sait qu'elle appartient à sa vie.

Sans savoir si elle entre en lui. Sans savoir si elle en sort. Mais en étant sûr qu'il y marche chaque jour, même loin, même ailleurs, car c'est la route qui le mène à l'amour. Aux amours. A la vie. A sa vie.

Cette vie qu'il remercie.

Et Momo, c'est moi.

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Photos : P'tit Bob

Pour certains, ici, parfois, je suis Roro.

Pour certains, là-bas, parfois, je suis Momo.

Ici ou là-bas, ici et là-bas,

d'ici ou de là-bas, et où que je sois,

c'est certain, je vous aime.

Et peu importe le nom que vous me donnez car où que vous soyez, puisque vous êtes dans ma vie, vous marchez vous aussi sur cette route.

Ma route.

La route de Momo.

Au seuil d'une confession

Au bout d'une ruelle d'un souk couvert de la médina de Tunis se dresse la magestueuse mosquée Zitouna, une des plus grandes et plus belle de la capitale.

L'endroit est ensoleillé et les marches qui montent jusqu'à son entrée sont comme un appel aux Fidèles et aux curieux dont je suis en de tels endroits. Une fois arrivé au seuil même de la mosquée, je me délecte  la vue de la vaste cour intérieure au milieu de laquelle trône une sorte de pupître de pierres dont j'ignore le nom et un puits bas et peu large fermé par un couvercle de bois.

26090701Sous le ciel bleu et immaculé, des dixaines d'oiseaux se sentent protégés par l'endroit et, profitant du nettoyage de ce lieu de recueillement, s'abreuvent, se rafraîchissent et s'ébrouent à l'eau qui s'écoule sur la surface aux carreaux anciens.

Je peux apercevoir les grandes salles de prières où une multitudes de tapis sont orientés en direction de La Mecque. Les poutres de bois sculptées et les lustres de cristal ne font que réhausser l'ambiance intérieure, sereine et particulière de ce lieu de prières.

Je m'approche d'un homme qui semble en être le gardien et lui demande si je peux entrer dans la mosquée. L'homme au visage sympathique, tout sourire, dans un français impécable, me répond :

"Je suis sincèrement désolé mais l'entrée de la mosquée n'est autorisée qu'aux personnes de confession musulmane.

"Mais comment pouvez-vous savoir que je ne suis pas musulman ? Parce que j'ai le profil européen ?

L'homme, toujours souriant, hésite à me répondre. Je poursuis :

"En me voyant, blanc et les yeux bleux, vous jugez que je ne suis pas de confession musulmane. Mais la religion quelle qu'elle soit n'est pas apparante. Puis-je entré ?

L"homme parait sincèrment désolé. Il m'ouvre la barrière en bois qui me sépare de la salle des prières et m'invite à entrer en disant :

"Vous avez entièrement raison, Monsieur. Seul, votre coeur et votre âme sont effectivement les seuls à savoir si vous pouvez ou non entrer. Eux et Dieu.Veuillez m'excuser.

Dans un geste fraternel et amical, je lui tend ma main, lui sourit et lui dit

"Ne vous excusez pas. Je ne rentrerai pas, je sais que je n'en ai pas le droit car, effectivement, je ne suis pas musulman. Et je respecte suffisament votre religion pour ne pas enfreindre cette règle. Et sachez que je n'ai pas de religion. Pour moi, les religions ne sont que première cause de racisme et de guerres au monde. Cependant, je respecte infiniment les croyances de chacun. Je crois en Dieu mais je n'ai pas de religion. Je n'ai pas besoin de textes ou de règles : ce qui se passe dans mon coeur, ma foi, n'existe qu'entre Lui et moi. Et pour entrer dans Sa demeure, je n'ai pas besoin d'autorisation car, pour moi, la Maison de Dieu est en nos coeurs. Dieu ne divise pas. Dieu est Amour. Donc Il est partout. Je suis partout chez Lui, Il est partout chez moi. Si j'entrai dans la mosquée, Dieu ne m'en voudrait pas et, au contraire, m'accueillerait les bras ouverts car nous sommes tous Ses enfants. Sans aucune différence, aucune distinction. Mais comme je vous respecte, vous et votre religion, je n'entrerai pas. Mais n'oubliez pas que la religion d'un homme ne se voit pas sur son visage : elle est dans son coeur. Trop d'hommes font cette grave erreur"

Il me serra la main puis l'enveloppa chaleureusement entre les deux siennes et dans un sourire, plongeant le brun de ses yeux dans le bleu des miens, me dit :

"Merci".

Une fois en arabe, une fois en français.

ZitounaPhotos extraites du site TUNISIA DAILY PHOTO

Un très beau site que je vous invite à découvrir pour visiter une Tunisie riche en couleurs en cliquant sur le lien suivant : http://www.tunisiadailyphoto.com/

Présence

5196070712122053_3 Calmement, la nuit tunisienne était tombée sur notre journée estivale. Je me couchais sur un matelas à même le sol, tandis que mon ami faisait de même à l'autre bout de la chambre et que mon chien se glissait sous la banquette. Quelques instants plus tard, alors que tout semblait paisible, un bruit étrange et fort nous réveilla. Nous fîmes le tour de la maison afin de savoir si quelque chose n'était pas tombé sur le sol carrelé. Rien. Nous reprîmes donc place chacun dans notre sommeil respectif.

Soudain, mon chien se mit à grogner puis gémit comme si une douleur l'avait surpris. J'étais réveillé mais toujours couché. Quand une frayeur indescriptible s'empara de moi.

Quelqu'un était là, juste à côté de moi. Presque contremoi. A ma hauteur. Quelqu'un ? Je ne ne sais pas. Je ne sais pas comment qualifier, comment nommer cette présence. Ce dont j'étais certain, c'est qu'elle n'était ni animal, ni humaine. Et c'est bien ce qui m'effayait. Je sentais son regard sur moi. Elle (ou il) était juste à mes côtés.

La peur me pétrifiait. Je ne pouvais bouger aucune partie de mon corps. Je ne pouvais articuler aucun mot, aucun son. Je transpirais de frayeur. A grosses gouttes.

5196070712122053_2Oh, je sais qu'en disant cela, je vais encore passer pour un illuminé, mais peu importe : je suis sûr de ce que j'ai vécu. Et je ressentais que cette présence ne me voulait pas du bien. Par tous les pores de ma peau, je ressentais les ondes néfastes et négatives qui en émanaient. J'en étais paralisé.

Si je devais dessiner cette étrange présence, sans savoir pourquoi je noircirais une feuille de papier et y tracerais deux grands yeux jaunes longs et fins. Je ne peux l'expliquer.

Combien de temps cela a-t-il duré ? Il m'est impossible de le dire. La créature est partie comme elle était venue, comme s'évaporant.

Il me fallut de longues minutes pour que je retrouve la mobilité de mon corps, pour que je puisse émettre le moindre son. Si la peur commençait à s'évanouir, elle restait très présente et forte. Lorsque je pus me lever, je me glissais dans les draps de mon ami qui, surpris, me demanda ce qu'il se passait. Je tremblais et le "chut" qui s'échappa de mes lèvres furent ma seule réponse. Respectant mon trouble, il attendit le petit matin pour me demander ce qui s'était passé.

Je n'ai aucune explication à donner. Je sais juste que je n'ai pas rêver et me souviens encore de cette peur si vive qui me pétrifia alors le corps et l'âme.

5196070712122053J'ai lu beaucoup d'ouvrages sur le paranormal, le surnaturel, l'au-delà et l'inexplicable, et aujourd"hui, alors que bien des années se sont écoulées depuis, à chaque fois que je me retrouve dans cette maison, dans cette pièce, je repense à cet instant.

Je n'ai qu'une envie : que cela recommence, que cette présence se manifeste à nouveau de la même manière. Aujourd"hui, je me sens plus fort et il me semble que je n'aurais pas aussi peur. Et que, peut-être même que je tenterai d'instaurer un échange. Dans quel but ? Comment ? Je ne le sais pas. J'attends, c'est tout. J'implore et j'appelle aussi.

Et je remercie le Ciel que cette "chose"-là, cette expérience-là me soit arrivée à moi. Et vous pouvez sourire, je sais ce que je vis, je sais ce que j'ai vécu et ressenti, alors vos rictus moqueurs ne m'atteignent pas. Je suis plus fort que ça.

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Illustration : Peinture de Leopolsk MATUSZEWSKI

Le site de L. MATUSZEWSKI : http://lepolsk.zeblog.com/2005/11/9

Amour d'enfant

Enfant_amour_5 Je suis né après lui. Je suis né loin de lui. Il marchait ailleurs, j'ouvrais les yeux ici.

Il avait sa vie, j'attendais la mienne. Il y a eu deux terres. Il y a eu la mer. Et deux chemins. Le sien, le mien.

Je ne le savais pas mais je le ressentais. Sans savoir qui, où, quand et comment, je savais que je prendrais un jour cet enfant par la main. Pour qu'il soit le paysage de ma vie sur lequel mes yeux s'ouvriraient enfin. Pour que je sois, enfin.

Il a fait le chemin. Il a franchi la mer. J'ai erré sur le mien sans être entier.

Et il y eu nos pieds. Nos pieds qui ont marchaient enfin sur un même chemin.

Et il y eu nos mains. Nos mains qui se sont embrassées.

Et il y eu nos yeux. Nos yeux qui se sont enlassés.

J'ai reconnu l'enfant. J'ai aimé cet enfant.

J'étais plus enfant que lui mais nos âges se sont unis. Comme se sont unies nos vies.

Comme se sont unis nos corps et nos coeurs en un cri universel.

Et le temps est passé. Et le temps est resté.

Et nos pieds ont tatoué de vie nos chemins réunis. Et nos pas résonnent encore à l'unisson dans notre coeur. Dans le sien, dans le mien qui ne sont qu'un. Enfant_amour_7

Et nos mains ne se sont jamais lâchées. Et chacune a dix doigts pour carresser le corps de notre vie qui frémit chaque jour, et le protège des affres du temps qui passent comme un bouclier de velours.

Et nos yeux. Les siens ont la couleur de la terre-mère et les miens celle de la mer qui nous séparait, qu'il a traversait. Tous les éléments sont alors réunis dans le vent de notre souffle et le feu de notre amour.

Alors oui, le temps est passé. Comme une fierté de chaque jour. Comme une enclume légère qur laquelle on forcerait du verre.

Il y a vingt huit années que la vie a accouché de nous. Il y a vingt huit années que j'ai bercé cet enfant. Cet enfant qui est mon amour et qui me berce aussi.

Je suis né après lui. Je suis né loin de lui.

Enfant_amour_8Il a fait le chemin, il est venu me retrouver et m'a pris par la main.

Depuis ce jour, nous sommes ensemble un enfant unique. Ensemble depuis ce jour, nous sommes l'enfant de la Vie, l'enfant de l'Amour.

Adultes, nous tenons la mains de l'enfant qui est dans chacun de nous. Enfants, nous tendons la main vers le viellard que nous deviendrons. Ensemble.

Mais aujourd"hui, nous avons vingt-huit ans.

Et cet enfant là, je l'aime.

Cet enfant là est ma vie.

Cet enfant là est l'Amour.

Cet enfant est ma raison de vivre.

Cet enfant est l'artiste qui peint mon bonheur aux couleurs du quotidien. Qui peint mon quotidien aux couleurs du bonheur.

A toi, petit enfant : je t'aime. Et je te remercie de jouer encore avec moi dans la cour de récréation que tu fais de ma vie.

Et je veux jouer encore. Et encore.

Avec toi.

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Il parait que c'est Noël

Il ne neige pas. Le ciel est bleu. Mais c'est Noël.

Cette fête imposée qui ponctue obligatoirement notre vie. Inévitablement. Inexorablement.

J'en ai eu des Noël. Sûrement des très beaux. Sûrement des très gais. Mais j'ai aussi eu des Noël tristes, des Noël de honte... Je ne vous en parlerai pas puisque c'est jour de fêtes. Mais ce sont ces Noëls-là qui me reviennent et qui gachent un peu le souvenirs heureux.

Puis il y a eu toi. Le cadeau du cadeau de ma vie.

Mon premier Noël avec toi, tu ne t'en souviens pas. Tu n'avais que quelques mois et je te portais dans mes bras. C'était dans ta maison, là-bas... Je me souviens. Je ne peux l'oublier.

Puis le temps est passé. Et la vie m'a offert deux autres Noëls à tes côtés. Ici, dans ma maison à moi. Notre maison à nous. Ici. Le premier très particulier est un de mes tatouages internes et très fots pour maintes raisons. Et l'autre, le vrai Noël avec toi. Avec tout ce qui va avec. Guirlandes, Cadeaux, Nourritures gourmandes...

Et toi.

Toi qui ouvre tes cadeaux en déchirant le papier brillant comme un petit enfant que tu n'étais déjà presque plus.

La vie nous a volé tant de temps.

Cette image de toi, heureux, riant, me revient aujourd"hui.

Aujourd"hui, c'est Noël. Et tu es là-bas. Je pense à toi.

Tu manques à mes Noël.

Et comme il y a eu des Noëls tristes. Et comme il y eu des Noëls joyeux. Tu es un cadeau de ma vie. Avec du bleu, du gris et du noir. Tu es le Noel de mes jours. Comme une guirlande qui scintille, qui brille parfois plus que d'autres. Ainsi est la vie. Ainsi est notre histoire. Histoire que tu écris. Histoire que je ne peux écris sans toi. Sans lui non plus.

Comme ton père allume et décore à chaque instant l'arbre de ma vie, tu es le cadeau éternel qui m'a été déposé au pied du sapin magistral de mon existence. Alors oui, tu manques. Alors oui, tu me manques. Mais merci la Vie.

Dscn0019ani9 Merci Eric G.pour la photo.

Mon chemin pour Raf Raf

Dscn0344Le paysage défile sous mes yeux toujours émerveillés. La colline est douce et verte, elle tend vers le ciel ses bras palmiers comme une fierté. Les vignes restent dignes sous le poids des grappes de raisins muscats qui inondent à perte de vue des endroits parsemés tantôt de verdures, tantôt de sèches herbes comme  des pointes de couleurs. Les pommiers, les figuiers, les pruniers...

Un tableau vivant devant lequel je me sens tellement petit. Pourtant mes yeux ici sont immenses. J'aime cet endroit, cette nature savament sauvage et domptée à la fois.

Et cette étendue d'eau qui se fait miroir pour des nuages roses et blancs qui, dirait-on, ralentissent au-dessus de ce petit lac pour se contempler avant de s'aventurer sur l'immensité de leur mer mère.Rafraf 

Les figues de barabarie me narguent sur mon passage en se remémorant notre première rencontre. Rencontre qui ne manquait pas de piquants et que je vous narrerais un jour peut-être. Parfois elles m'oublient pour flirter avec d'immenses roseaux dorés - flirter ? Vraiment ? ou, de moi, se moquent-t-elles sournoisement auprès d'eux ? -

Et la ville est là qui me tend tant de bras que je ne peux les saisir tous. Mais j'ai ma préférance et je m'accroche à une de ses mains offertes, celle qui m'aide à monter sur les hauteurs de son ventre. Là, mes yeux s'ouvrent davantage encore devant ce nouveau tableau que pourtant je connais si bien. Les maisons blanches se sont donné rendez-vous au bord de la mer comme les fauves vont s'abreuver à l'eau raffraichissante d'une oasis. Cette mer qui s'envole jusqu'à se noyer dans un ciel complice, ignorant l'horizon qui s'incline respecteux devant cette divine et évidente union .

Puis c'est la descente jusqu'à la plage. Après la vue, un autre de mes sens se dresse à l'affut et s'interroge. D'où vient ce parfum de pain chaud ? De crèpes au chocolat ? De thé à la menthe ? De graines de tournesols grillées ? De..Raf_raf.

Patchwork de saveurs olfactives qui se mèlent aux embruns marins d'une mer qui claque en caresses le bord du chemin et semble danser aux rythmes tantôt disco, techno, raï ou d'un mezoud traditionnel comme si un quelconque Saint Tropez avait influencé et inspiré l'endroit modeste, chaleureux et estival. 

Un instant que je privilégie à chacun de mes passages en Tunisie. Une petite ballade à 40 km de Bizerte qui soulève des plaisirs que ne je ne me refuse jamais. Et dans ce traditionnel que je me suis instauré, il y a cette crèpe au chocolat fondu et aux amandes grillées savourée cette année à même la plage, les pieds dans le sable, presque dans l'eau, à l'ombre d'un parasol à la terrasse d'un café familial et chaleureux.

Raf_raf_2Photos : P'tit Bob 

Et puis bien sûr, elle est là aussi, fidèle. Elle me surveille. Je la salue silencieusement en imaginant qu'elle m'a attendue. Qu'elle a pour moi sorti sa tête hors de l'eau comme pour un rendez-vous secret. Elle, l'île de Raf Raf qui semble flotter sur la mer comme pour avoir un recul suffisant pour surveiller la ville, sa collines, ses beautés et ses enfants qui habitent là ou qui viennent, le temps des vacances, s'installer face à elle, pour elle. Parce que sans elle, Raf Raf ne serait pas vraiment ce petit et bref paradis reconnu de tous.

Comme on recharge une batterie, comme on prend une photo, comme pour mieux se souvenir de la beauté du monde puisqu'elle en fait partie.

L'an prochain, inch'allah, j'y retournerais.

Ecrin de lumière

La nuit était tombée. Il était là assis sur le matelas posé à même le sol. Nous discutions, moi assis en face de lui, seulement éclairés par la faible lueur de la veilleuse posée sur le chevet. Nous venions de marier notre fils, tout s'était passé au delà même de nos espérances. Il y avait dans la pièce un sentiment palpable de satisfaction particulière jamais ressentie.

Nous parlions de tout cela, de ces jours qui venaient juste de passer dans le temps mais qui resteront à jamais en nous. Du sourire de nos enfants enfin unis dans l'amour - depuis le temps qu'ils en rêvaient - et de leurs pas que nous entendions légèrement juste au dessus de nous, dans l'appartement conjugal qui venait de les accueillir, et de leurs enfants qui y grandiront. Nous parlions mais nos mots n'en étaient pas, ils n'étaient que sourires, chaleur et amour. Même et jusque dans nos respirations, nos silences.

Notre histoire s'embélissait et nous envisagions de façon silencieuse mais tellement évidente de marcher ensemble encore et encore sur le même chemin puisque les escales qu'il nous proposait s'appellent richesses intérieures, sentiments profonds et prospérités.

Je le regardais, je l'écoutais et ses mots m'enveloppaient de bien-être, d'avenir et de sécurité.. Pourtant, c'est lui qui m'apparu réellement enveloppé dans un écrin de lumière. Tout son corps m'apparut entouré d'une lueur vive et douce à la fois. J'étais subjugué. Je voyais son aura et je savais que c'était de cela qu'il s'agissait, telle une évidence. Comme à chaque fois dans de telles circonstances exceptionnelles, je remerciais le Ciel de me permettre de voir.

Son aura était lumineuse. Je ne saurais dire qu'elle en était la couleur. Blanc, jaune pale ou bleu clair ? Je ne le sais pas, je ne me souviens que de la lumière appaisante qui entourait et se diffusait autour de son corps sur environ une dixaine de centimètres. Comme une puissance, comme une magie. Comme une récompense.

5722Lorsque je vis des choses inexplicables, je n'en parle pas immédiatement. Je garde tout pour moi. Je remercie. Je savoure. Et si le besoin ou l'occasion se présente, je sors de moi le cadeau que j'ai reçu. Je partage, en choisissant qui recevra cet échange, pour qu'il soit respecté, compris ou non, mais pour mon plaisir aussi. Et aussi et surtout comme un message qui doit passer.

Etait-ce le bonheur de cet instant que nous vivions ? Les émotions, les sensations fortes et apaisantes que nous avions ressenties lors du mariage de notre enfant ? Etait-ce le bonheur des jeunes mariés qui s'unissait au nôtre dans une communion hors du commun ?

Etait-ce le bonheur d'être tous les deux ensembles, de savoir ce que l'autre ressent, le partage de notre vie pendant toutes années qui s'arrêtait le temps de reprendre son souffle, de réaliser le temps passé, le temps à venir, ensemble. Le fait être là-bas aussi, peut-être. Sûrement même.

Etait-ce le bonheur de savoir qu'en les unissant dans leur amour, les enfants se munissaient d'une plume qui leur permettrait non seulement d'écrire leur propre histoire mais aussi une partie de la nôtre ?

Etait-est une manifestation d'une énergie positive qui se libérait et se révélait de la sorte ?

Oui, c'était le bonheur qui avait permis à son aura d'irradier de la sorte et à moi de rececoir le cadeau, la permission de la voir. Parce qu'ensemble nos vies s'étreignaient plus que jamais dans la sérénité et que nous ne faisions qu'un, plus que jamis,physiquement l'un face à l'autre, mais unique en énergie et en sentiments.

Je ne cherche pas à l'expliquer. Cela n'aura duré que quelques instants, quelques minutes extraordinaires et ce qui est certain c'est que je l'ai vu, je l'ai vécu et que c'est en moi comme un nouveau trésor.

Et quoiqu'il en soit, c'était beau, rare et unique. Je le sais, je l'ai ressenti ainsi.

Merci la Vie.

Illustration : peinture de Lepolsk MATUSZEWSKI

Paranthèse gourmande

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Je regardais l'horizon par dessus et au delà de tout. Le rire et les cris joyeux des baigneurs mettaient des mots à la mélodie rythmée et lancinante de l'orchestre d'eau dont chacune des vagues était l'instrument. Le soleil pour projecteur, cette scène de vie rivalisait avec la perfection d'un plaisir sans nom. Je n'étais pas venu seul et les coeurs qui m'accompagnaient réunifiaient le mien qui alors emplissait mon corps.

Je ne sais si un entracte à ce spectacle divin fut annoncé mais mon palais reconnut au loin et, de ses yeux, la forme délicate et annoncée d'une douceur sucrée. Pas de caramels, d'esquimaux ou quelconque chocolat, le jeune vendeur qui s'approchait de moi proposait ses yoyos luisants de miel. Et d'huile... Un délice. Des beignets aussi dorés que la peau de celui qui les proposaient.

Dscn4647_3Je me délectais d'abord de la scène simple et chaleureuse qui s'offrait à moi. Les enfants qui accourent mouillés d'eau à la bouche. Le sable qui crisse sous leurs pas pressés et les éclaboussures sur les bronzeurs allongés et oisifs.

Derrière sa bicyclette qu'il pousse à bout de bras, le jeune vendeur a le sourire éclatant, accueillant. Un vrai modèle de publicité pour ces beignets qui m'invitent à m'approcher de lui. Deux cents millimes pour qu'une huile sucrée me coule dans la gorge jusqu'à mon estomac, qui comme chacun de mes sens, est en éveil. Pour moi, deux beignets, ces yoyos qui résistent on ne sait comment à la chaleur d'un soleil affamé, enfermés dans leur cage de verre mobile, et qui sont le délices des petits et des grands - Dans ces instants-là, je ne sais d'ailleurs pas dans quel cas je me trouve et peu importe, je suis moi -

Deux mots échangés, un sourire au charme franc et assuré sur ce visage arrosé de soleil, et le jeune homme repart pour une invite, une provocation aux délices des sens et des papilles estivales. Mes yeux éblouis par cet éventail de soleils se plissent pour régler la netteté de l'image et mes dents mordent sans pitié comme une vengence dans le premier yoyo. La mélodie de la mer à nouveau comme une autre douceur envahie mes oreilles. Le vendeur et son sourire se sont noyés dans les vagues d'autres corps gourmands, mouillés ou allanguis. Je froisse le papier gras de mon second beignet délicieusement englouti. Les vagues ont effacé l'emprunte du passage de la bicyclette.

Le mirage de cet instant sirupeux a-t-il réellement existé ou me suis-je assoupi dans le rêve trop fort d'un rayon de soleil ?

Dscn4644_2Je regarde l'horizon par dessus et au delà de tout. Le rire joyeux des baigneurs mettent toujours leurs mots à la disposition de l'orchestre salé comme une valse hypnoptique qui m'aurait soulevé l'instant de cette paranthèse gourmande.

Comme sorti d'un songe doux, la réalité étend sa serviette à mes côtés pour me narguer, et me rappelle que si le sable colle à mes doigts c'est que mes mains sont grasses et sucrées. Alors je me jète à corps perdu dans la fosse de l'orchestre liquide, divague et deviens alors minuscule choriste du spectacle unique de la Vie.

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La Vie que je remercie de ces douceurs suaves et impalpables, de ces instants éphémères et fragiles qui, lorsqu'on les autorisent, nous pénêtent pour qu'ils durent, s'installent et deviennent éternels.

Parce qu'un beignet n'est pas qu'un beignet, parce qu'un sourire n'est pas qu'un sourire, parce que les deux vont ensemble et qu'ils me lient, sous un pretexte gourmand, à cet instant, sur une plage de Vie innondée de grandeur qu'il suffit de reconnaître. Et parce qu'une vague n'est pas qu'une vague et que la mélodie de la mer dans cette alchimie magique où je m'autorise à me noyer porte un nom : le Bonheur.

Dscn4643Photos : P'tit Bob

Pour tout cela, je regarderais encore et encore l'horizon par dessus et au delà de tout.

Pour d'autres beignets qui n'en seront peut-être pas.

Où que je sois. 

 

Mes faïencées

Carreaux bleus

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Mosaïque de pleurs, de rires et de vie

Mosaïque de souvenirs, de soupirs et d'envies

Carreaux blancs

Petites parcelles de couleurs où j'ai posé mes doigts

Petites ailes de chaleurs qui m'élèvent vers toi

Carreaux bleus

Magique mariage des lumières

D'une union sacrée sans frontière

Carreaux blancs

Sentiments bleus d'un coeur ouvert marqué à blanc

Heureux tatouage à l'envers de la peau et du temps

Bleus carreaux, carreaux blancs

Images de couleurs mélées, inspirées, transpirées

Etendue d'eau salée aspirée, ébrouée, repleurée.

Dscn5338 Faïence souffrance

Faïence absence

Faïence alliance

Faïence présence

Faïence confiance

Faïence ressemblance

Faïence...

... défaillance.

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Petits morceux de ciel blanc

Parcelles de ciel bleu

Pour un heureux mélange

Peint à la plume d'un ange

D'un ange blanc aux cieux bleus

Camaïeu de bleus

Camaïeu de blancs

Pour que je sois heureux

Que je reste vivant même au delà du temps

Blancs bleus ou bleus blancs

Couleurs froides de mes chaleurs

Ainsi disposées m'accueillent dans mes étés

Sur ma terre d'ailleurs

Pays de mes amours

Sans faux-semblants pour mon sang bleu

Pour tout ce que vous représentez

Et à jamais vous êtes mes faïencées.

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Photos : P'tit Bob

Ecoutez...

Dscn6172_3 Ecoutez... le rire des enfants qui jouent et qui courent dans le temps. Le claquement des sabots d'un cheval qui passe rythmant la plainte d'une charette qui se traine. Les cris étouffés d'un corps qui aime d'amour. Les larmes de la terre qui tend les bras à un enfant qui nait. La poussière qui s'envole sous les ailes d'un oiseau qui passe...

Ecoutez... le crissement blanc des vendredis. L'appel du muezzin qui plane au delà des toits jusque dans les consciences comme la caresse ou la crainte d'un ailleurs. Les blouses roses et bleues des écoliers qui pleurent un jour de rentrée des classes ou qui se pressent fièrement sur le chemin d'une nouvelle école.

Ecoutez... la prière qui soulève un corps sans vie sur un torrent de larmes. Le parfum des plats épicés qui profitent d'un moment d'inattention pour s'évader à travers le fer forgé d'une fenêtre entrouverte. Le souffle du vent qui, sournois, soulève le rideau d'une porte comme la jupe d'une femme pudique.

Ecoutez... la peinture qui s'écaille comme on déchiffre un message. La pierre mise à nue par le temps comme un secret trop longtemps contenu. Le temps qui s'est arrêté un instant contre et dans ces murs pour à jamais y graver son passage. L'herbe sans domicile qui s'est arrêtée pour entendre les histoires de la bibliothèque que sont ces rues sans âge.Dscn6171_4

Ecoutez...le passé qui s'offre à vous dans ces rues riches et bavardes. Les murs tremblants de l'envie de vous emporter dans leurs fissures sans fonds jusqu'au tourbillon du temps d'avant. Le sang qui a coulé dans la naissance ou dans la mort qui, se melant aux larmes de joies, de bonheur, d'amour, de peur ou de douleur, ont assemblé en un ciment de vies les pavés, les pierres, les poutres, les aciers de l'Histoire.

Ecoutez... le conte hurlé de ces rues anciennes qui ne vivent souvent que pour nous qui passons sans savoir les entendre. Ecoutez avant qu'elles ne rejoignent le néant de la modernité froide et uniformisée.

Ecoutez... l'âme de ces endroits devenus autant de livres encores indéchiffrés qui souffrent d'être trop incompris, trop ignorés.

Ecoutez... l'âme de la vie qui vous a mené d'un passé lointain et sans âge, à poser vos pieds, ici, dans un présent certain, pour qu'à votre tour la trace de vos pas, à jamais soit mélée à l'histoire de ces rues anciennes et résistantes.

Ecoutez... parce que votre passage d'aujourd"hui sera demain dejà inscrit dans l'âme de ces endroits. Si vous vous arrêtez, si vous regardez, si vous caressez, si vous ressentez, si vous écoutez les temoignages de l'âme de ces rues que j'aime tant.

Parce que, ensemble, nous marchons tous sur les chemins d'hier, parce qu'un jour, dans une vie prochaine, nous écouterons l'histoire que nous aurons écrite sur les murs de nos vies.

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Photos : P'tit Bob

Rues d'autrefois, je vous ressents, vous le savez. Ruelles d'antant, je vous aime et vous aimez m'avoir en vous. Comme un échange, un corps à corps intime, invisible, silencieux et profond. Parlez-moi encore, parlez moi à chaque fois. De vous, de moi. De tout. Du tout.

Je vous aime méditerranéennes mais vous écouterais, vous aimerais où que vous soyez. Dans la beauté des mots de vos silences riches et bavards.

Princesse Verdure

Les gens se pressent sur le marché comme si tous les fruits, tous les légumes, après une certaine heure allaient se changer en citrouille. Comme si le soleil trop chaud allaient les endormir pendant une centaine d'années s'il ne rentraient pas chez eux à temps. Les enfants sont bousculés et laissent tomber derrière eux les miettes d'un beignet ou d'un croissant comme pour retrouver leur chemin du retour. Les marchands pêcheurs crient à tout va le prix et le nom de leurs poissons comme s'ils exposaient une sirène au chant mélodieux et à la chevelure d'argent.

Princesse_verdure_5Elle, personne ne la voit.

Chacun passe d'un marchand à l'autre comme on tourne les pages d'un conte. Comme si un jour sa fin se changerait en quotidien et inviterait les passants, les marchants et les badauds en autant de personnages magiques et imaginaires.

Mais la vie n'est pas ainsi. La vie n'offre pas toujours d'histoires fantastiques, de contes magnifiques pour des rêves naïfs à jamais enfouis.

Mais elle, elle est là et personne ne la voit.

Assise sur le bord du trottoir, elle regarde l'histoire qui défile sans y être invitée. Pourtant, si ses vêtements ne sont pas brodés de fils d'or étincelant, elle porte toutes les couleurs de l'univers. Discrète, elle ne vend pas d'allumettes, c'est une petite marchande de verdure. Ses céleris, persil, épinards, que cachent-ils ? Petits bouquets de chaque simplement qui attendent. Pour une pièce ou deux, pour qui voudra bien. Une pièce ou deux pour embellir son conte. Juste une journée. Pour qu'un regard croise ses yeux. Pour qu'une voix caresse ses oreilles. Pour que les messages d'une vie tatouée sur son visage reprennent leur envol dans un sourire qu'elle n'ose plus.

Qui est-elle ? Peu importe.

Que fait-elle ? Peu importe.

Lorsque mon regard s'est baissé pour se poser sur elle, elle me semblait triste, pensive, dans un autre ailleurs. Rêvait-elle d'un amour lointain et inavouable ? d'un fils parti pour d'autre contrée ? d'un époux malade qui l'attendrait les yeux clos ? d'un chien fidèle égaré ? de ce bonheur qu'elle a peut-être de simplement vivre ? d'une fortune enfouie dont elle seule connait l'existence ? de sa dernière petite fille née hier ? au repas qu'elle préparera en entrant ? à moi devant elle ?

Peu importe.

Elle est femme. Dans sa vie, dans son pays. Sur la Terre. Un être humain tout simplement. Avec toute la richesse que cela sous-entend.

Princesse_verdure_2_2Mais si certains, trop nombreux, s'inventent un conte de fée pour s'arranger de la vie, ce matin-là, elle fut pour moi une princesse éphémère. Le temps d'une photographie pour, l'instant d'un échange, lier l'histoire de ma vie à la sienne. Pour que dans son conte, elle songe peut-être qu'ainsi son visage, son corps, son image et son âme auront voyagé par clichés interposés.

Le temps d'un regard échangé. D'un regard imprimé.

Ce matin-là, sur ce marché-là, je l'ai regardée. Elle m'a sourit et se transforma, juste pour moi, en Princesse Verdure.

Photos : P'tit Bob

Matin bizertin

Dscn6297_2Bizerte

Un matin

Eveil d'une ville satin

Offerte

Aux parfums de jasmin

Aux parfums d'embrums

Une ville inerte

Encore déserte

Un matin qui me prend par la main

D'hier jusqu'à mes lendemains

Puisque même ici, même trop loin

Au delà de mes réveils chagrins

J'ai des matins bizertins.

Dscn6303 Photos : P'tit Bob

Ambiance Kalthoum

La ville est calme. Les hommes sont au café et fument la chicha. Au port entre un petit bateau dont les couleurs sont soulignées par les rayons bas d'un soleil couchant sur lequel, à contre jour, la ville, les arbres et les collines se perdent. Un oiseau vient se poser à l'entrée du café pour écouter lui aussi la voix de la diva de l'orient.

Oum Kalthoum chante.

Des envolées de violons, des rythmes mélodieux et une identité vocale. Un tableau.

Oum_11765656771_5 Voilà ce que m'évoque cette chanteuse. Au delà de sa voix et de ses mélodies, ses chansons sont un tableau dans lequel on se perd malgré soi. Je ne peux pas dire que j'aime ou non Oum Kalthoum, elle est, tout simplement. Elle est comme le rideau d'un théatre, comme les dattes sur un dattiers, comme le sel dans la mer. Oum Kalthoum existe et rajoute une touche de couleur supplémentaire à l'endroit d'où s'envole sa voix.

J'imagine toujours un groupe d'enfants, d'hommes, de femmes, de viellards se rapprochant de ce que fut la TSF pour être au près de l'émotion. Car elle est l'émotion, l'émotion de l'amour. Ses chansons d'amour ont touché profondément et à jamais le coeur d'une population et d'une culture tellement riches. Pour assister à ses concerts, certains vendaient leur biens, leur terre... Elle envoutait par ses chants d'amour.

En Tunisie, lorsque je fais mon marché à Bizerte, j'entends sa voix, en promenade dans les ruelles de Sidi Bou Saïd la belle, j'entends sa voix, lorsque j'offre mon corps au soleil sur la plage du Rimel, j'entends sa voix, sur la route menant à Hammamet, j'entends sa voix, marchandant un plateau de cuivre dans les souk de Tunis, j'entends sa voix, installé devant un café-capucin à la terrasse du Café du Nord à Menzel Jemil, j'entends sa voix... Elle est partout, elle est dans le paysage, les couleurs et les parfums.

Le temps n'existe pas. Si ses yeux se sont clos à jamais, sa voix ne pourra jamais se taire. Comme, en France, nous avons eu Edith Piaf, au Portugal, Amalia Rodriguez, l'Egypte a eu, a et aura toujours Oum Kalthoum. Mais d'une autre dimension...

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Oum Kalthoum est née en Egypte en mai 1904. Elle fut et demeure la plus grande chanteuse du monde arabe. Elle connut également le succès dans le cinéma avec des film tels que "Le chant de l'espoir" ou "Sallama".

Elle fit un triomphe à Paris lors de son passage à l'Olympia en 1967.

Elle s'est éteinte le février 1975.

Rangés

J'ai vidé ma valise comme on meurt un peu, comme un corps vidé de ses entrailles.

Je l'ai refermée comme une bouche qui n'aurait plus de mots ou qui garderait les plus beaux pour plus tard quand un sourire lui fera entrouvir ses lèvres dans un sourire spécial et rare. Comme un oeil qui s'est refermé pour ne voir que ce qu'il a mémorisé, laissant l'autre observer la vie actuelle se dérouler pour lui, sachant qu'il ne peut regarder ce qu'il souhaiterai sinon de l'intérieur.

J'ai vidé ma valise et l'ai rangée soigneusement comme on range la lettre d'un amour trop loin et que l'on garde comme la relique préciseuse d'une histoire profonde, heureuse et douloureuse, sachant que je l'ouvrirais à nouveau pour en améliorer le texte et complèter l'histoire. Comme les épisodes d'un feuilleton dont on ne vivrait que le résumé, frustré par un retour qui ne permet pas de vivre les épisodes où l'on est trop absents.

J'ai rangé ma valise, amie fidèle, forte, silencieuse et patiente.

Ensemble, nous attendrons. Nous attendons déjà.

Comme elle, je me suis rangé quelque part, fidèle, fort, silencieux et patient. Mais je ne vous dirais pas où. Vous me verrez, vous me parlerez mais je serai rangé. Quelque part. Comme un bagage attend à la consigne une libération promise.

Comme on attend un train, un avion, un bateau trop en retard.

Vraiment trop en retard.

Bleu voyage...

Dscn0212 Marseille...

Le bateau qui s'éloigne de la terre. 

Les oiseaux qui nous suivent dans un "au-revoir" agitant comme un foulard leurs ailes blanches.

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Et l'eau... bleue. Bleu marine. De partout. Un désert d'eau. Avec, parfois, quelques oasis de terre. 

Et la nuit... bleue. Bleu nuit. De partout. Un voyage bleu. Bleu dessus. Bleu dessous. Bleu partout. Dscn0213_2

Puis les oiseaux qui nous accueillent dans un "bienvenue" de chaleur. 

Et la terre qui s'approche du bateau.

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Et Tunis... 

Et la route de Bizerte...

Et Menzel Jemil... ENFIN !Dscn0346 

Et notre fils... Son sourire, ses yeux. Lui.

Pour quatre semaines. Quatre minuscules semaines dans cette immensité de mois qu'est une année.

Photos : P'tit Bob

Un amour de chat

M'attendais-tu pendant tous ces mois où je n'y étais pas ? Ou étais-tu seulement contente de me revoir lors de mes retours annuels ?Chat_002

On te disait sauvage. Mais, à moi, tu avais offert ta confiance et  ta tendresse. Tes caresses à mes chevilles, tes ronrons à mes oreilles ressemblaient à un privilège silencieux et intense.

Je me souviendrais longtemps de ce jour, où tes enfants nouvellement nés, ont fait leur première sortie dans la cour. Hésitants, apeurés, les yeux encore bleus et ronds de curiosité, ils ressemblaient à ces personnages à la fois droles et touchants sortis directement d'un dessin animé de Walt Disney. Toi, tu les regardais s'approcher de moi sans crainte. Sereine, tu profitais de ces instants de tranquilités les sachant entre de bonnes mains. Je les caressais, les portais, toi tu dormais. Mais dès que quelqu'un entrait, tu bondissais telle une panthère à l'affut et une mère protectrice et agressive.Chat

Tu as été longtemps la compagne animale de mes journées tunisiennes.

L'année dernière, je ne t'ai pas vue. Tu n'es pas venue. La vie a sûrement dû poursuivre son oeuvre et t'emmener sur ses contrées lointaines et inconnues. J'espère juste qu'elle ne t'aura pas joué un de ces tours cruels que l'homme réserve, imbécile et ignorant, aux chats de ton rang.

Je t'avais baptisée du même nom que celui de cette étrange relation (j'allais même dire "amour") qui s'était instaurée entre nous, toi, la chatte et moi, l'homme, et à laquelle on ne peut donner de nom. L'essentiel était notre échange.

Dans quelques jours, je serais là-bas, dans la maison de nos retrouvailles et j'aurai comme toujours, en passant devant le grand jasmin sous lequel tu aimais t'allanguir à l'ombre, une tendre pensée pour toi.

A moins, que j'aie la surprise de ton retour...

Inch'Allah.Chat_001

Photos : P'tit Bob

Les échanges entre les humains et les animaux n'ont pas de prix. Au-delà des mots, un autre langage s'instaure qu'il faut savoir ressentir, apprécier et remercier. Nous nous reconnaissons. Ne cherchons pas à savoir comment, cette inconnue fait tout au charme, à la spontanéïté et à la profondeur de ces relations. Un animal a une âme, des sentiments et, comme nous, souffre et aime. Grande supériorité sur nous : il ne juge pas.

Nous l'oublions trop souvent.

Parfums tatoués

Le couvercle de la théière se soulève et le thé noir, brulant et sucré, coule sur les braises rougies du canoun dans un crépitement subtile. Un parfum de caramel s'envole alors à travers les branches du neflier et de l'abricotier, et monte pour se perdre dans l'espace du bleu infini d'un ciel d'été. On sert le thé au fond d'un petit verre, on le goutte. Le thé n'est pas cuit et retrouve sa place sur le canoun jusqu'à la cuisson idéale. J'imagine déja les éclats d'amandes, de cacahuettes ou de pignons grillés qui agrémenteront son goût au gré des envies de chacun. Le thé noir tunisien est une boisson particulière à laquelle il convient de s'accoutumer tant il parait acre et corsé aux premières découvertes gutturales. Sa robe noire et brune, prévenante, annonce la couleur de sa saveur.

Papa Abdallah, assis sur l'acira posée à même le sol, devant la magie de cette alchimie culinaire, patiente, le coude sur les genoux, la tête posée sur son poing. Ses idées vagabondent et s'envolent en une danse invisible en entrelassant les nuées suaves du parfum du thé cuisant. Il attend l'instant où son bras se lèvera et où, dans un geste souple et cérémonieux mille fois répété, le breuvage sacré remplira les petits verres dorés dans une douche brulante. Le thé noir est là-bas comme une tradition que les anciens conservent fièrement et tentent de transmettre aux générations qui, hélas, s'occidentalisent trop vite.

Piments_grills

Photo : P'tit Bob

Pendant la préparation du thé, Maman Yasmina est arrivée, discrète. Son regard bleu profond et tranquille se pose sur le rouge brûlant des braises comme un mélange subtile des couleurs fraîchement libérées des tubes d'un peintre inventif. Aux côtés de son époux, elle s'adosse au puits, les jambes croisées, assise dans la célèbre position du tailleur. De son couffin d'osier, elle retire de ses frères un piment vert, ou rouge, et le dépose délicatement contre la théière, sur le charbon ardent. Immédiatement, on devine qu'au menu est prévue une slata mechouia, salade de piments grillés relevée d'épices et d'huile d'olives. La peau du légume se cloque et se brunit. Un nouveau parfum se dégage et embrasse celui aux nuances caramélisées du thé qui s'échappe et crépite, au milieu des pensées secrêtes de deux êtres unis et réunis comme un bouquet supplémentaire aux fleurs du fier bougainvilliers tronant dans la cour.

Chacun dans son propre sérémonial, absorbés patiemment par leur tâche délicate, ils ne se parleront pas. En ont-il seulement besoin ? Le silence est parfois sacré et les âmes muettes sont parfois les plus bavardes et emploient un langage que l'oral ne peut entendre et qui rassemble mieux et au delà des mots.

Respectueux et aimant, face à leurs sourires offerts et levés jusqu'au mien, j'entre dans la cour, scène ensoleillée de leur présence. Les quelques clichés que je prends alors, aujourd'hui et à jamais, m'offrent encore les éfluves à la fois délicates, enivrantes d'une douce et si particulière douleur nostalique et mélancolique teintées de ces jours passés et jamais oubliés.

Ce jour-là, cet instant-là, célèbrait un mariage. Celui des parfums mélés. Des parfums à jamais tatoués.

Canoun_2 Photo : P'tit Bob

Une photo...une simple photo me parle de tout cela... me parle d'eux... ranime mes sens sur ces heures que je bénie d'avoir vécues... Et m'ouvre le coeur en deux, moi qui suis ici et là-bas à la fois unissant l'avant et le maintenant dans le bonheur de ma vie.

Café bleu

Le temps est gris ; au bureau la journée a été longue. Je suis fatigué. Je pourrais écrire quelques mots sur mon blog, mais je n'en ai pas le courage. J'ai envie de boire un bon café...

Un café ? Ca vous dit ? Alors je vous invite... Fermer les yeux et suivez moi...

Bizerte_5

Je vous emmène sur le vieux port de Bizerte. Oui, je sais, nous y étions ensemble, il n'y a pas longtemps, mais vous me connaissez maintenant : je ne peux m'en passer.

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Nous passerons dans les rues animées de la ville et gravirons les marches du café "Le Pacha" afin que, de son étage, nous puissions nous isoler de la foule et avoir une vue imprenable sur le vieux port. Quelques bateaux encore en mer manqueront à l'appel mais les fanions aux couleurs du pays rattrapperont l'absence des leurs en dansant dans le vent doux et léger.

Bizerte_7Une musique rythmée montera jusqu'à nous dans une mélodie ensoleillée qui donne envie de danser. La fumée d'une chicha me chatouillera les narines et me rendra aussi léger qu'elle pour que je suive son vol.

Si vous n'aimez pas le café, un gazouz pourrait vous rafraîchir. A vous de choisir.

Moi, je reste les yeux fermés. La fatigue s'envole. Et je me laisse enivrer par les saveurs d'un café bleu.

Et si vous avez opté pour un café traditionnel dit "zézoua", ou café turc, dans fond de la tasse, le marc ne vous dira rien de votre avenir mais vous demandera peut-être de mes nouvelles. Alors dites-lui que j'arrive, qu'il patiente encore quelques semaines. Je compte sur vous : vous le lui direz, n'est-ce pas ?

Photos : P'tit Bob

Matin bizertin

Bizerte

Le soleil sort d'une nuit chaude et transpirante et, comme autant de bras qu'il étirerait, pointe ses rayons encore engourdis dans les embruns du vieux port de Bizerte. Est-ce pour y réchauffer l'eau ou pour, dans une toilette régénérante, se raffraichir lui même ? Peu importe ; l'essentiel est que, dans l'instant, dans ce maintenant béni, il peint la vie d'une lumière douce et sereine. Je deviens alors l'élément microscopique du tableau d'un peintre majestueux au talent et à la perfection extrèmes.

Le rideau se lève dans une lenteur trop rapide à mon goût sur une scène de la vie bizertine. Les bateaux de pêche enfilent leurs couleurs les plus vives pendant que les hommes réparent leurs filets fatigués. Les terrasses des maisons rosissent et les volets bleus s'ouvrent sur les bruits colorés d'une ville encore engourdie. Un cheval claque ses sabots sur le pavé pendant que les criées s'échappent déjà du marché de poissons. Les acteurs du quotient entrent en scène chacun leur tour dans ce décor déjà trop vite changeant.

Bizerte_2

Installé à la terrasse, face au port, je bois mon café "allongé" ou mon "capucin" et me nourris de la beauté offerte à mes yeux jamais rassasiés. Spectateur privilégié, je me sens profondément bien et languis déjà le rappel bissé de cet instant qui se rejoura soit, ici, demain, si le soleil n'est pas remplacé dans son rôle, soit ailleurs, au gré de mes envies, voire de mes besoins, en plongeant dans le coeur de mes souvenirs les plus doux.

PhotBizerte_3os : P'tit Bob 

J'aime Bizerte au petit matin.

Et bientôt j'y serai.

Inch'Allah.

Le Cadeau

Derrière moi, je laissais entre eux mes amis. Je marchais dans ce paysage atypique. Beaucoup diront qu'il n'y avait rien à voir. Pour moi, l'endroit était magnifique et envoutant. Un appel.

Un désert de cailloux s'étalait devant moi, à droite à gauche. Partout. Un paradis de pierres. Je m'assis sur le sol aride, sous la surveillance de la Table de Jugurtha qui, comme une mère veillait ses enfants alentours. Des touches végétales résistaient, fières, comme un défit. On eut dit que, sous la chaleur d'un soleil dictateur, comme pour gagner du temps sur une souffrance inéluctable, elles poussaient déjà sèchées.