Une année nouvelle nous ouvre ses bras. Et bien évidemment, la ronde des voeux prend forme et s'étire de sentiments sincères en paroles polies.

Pour les jours à venir, je voudrais qu'un mot soit dans le coeur de chacun : la compassion. Je pense en effet que, au delà de l'amour avec un grand A, c'est ce dont le monde manque aujourd"hui.
Essayer de comprendre. Tolérer. Pas forcément accepter mais y penser. Y réfléchir.
Partager notre condition et celle des autres. Notre souffrance et celle des autres. Le partage rend la part de chacun moins lourde.
Paradoxallement, alors que nous vivons dans un monde où tout peut basculer pour chacun d'entre nous, la compassion est trop souvent absente.
Comment ne pas savoir que le toit qui nous abrite, les amis, les parents qui nous aident, qui sont présents, que la santé, que le travail, que l'argent peuvent disparaître beaucoup plus vite qu'ils ne sont venus jusqu'à nous. Tellement trop vite.
On montre du doigt des gens que l'on ne comprend pas, que l'on ne connait pas, on met les minorités dans des cases afin qu'elles ne dérangent pas notre horizon. Mais à tout moment nous pouvons, malgré nous, pénétrer dans une de ces cases et ne plus se cacher derrière les bons sentiments dictés et uniques qui rassurent et qui fait la force des plus nombreux.
Qui peut prévoir un tremblement de Terre, une inondation, une sécheresse, une épidémie... ? Un drame familial ? Ce que l'on voit à la télévision et qui éffleure nos coeurs le temps d'une image furtive est le reflet du Monde. De NOTRE monde. Donc notre propre reflet.
On peut se retrouver à tout moment une personne sur une terre étrangère. Etranger sur notre propre terre. Parce que les évènements de la vie nous poussent à vivre. A survivre. Il n'est pas exclu que nous tendions la main dans la rue parce que la douleur de la faim, de celles de nos enfants, nous l'ordonne. Parce que sur notre visage peut s'écrire ces trois lettres misérables dont on parle souvent : SDF.
Pensons-y.
Alors notre regard sur les autres changera. Parce que nous nous verrons à la place de celui que l'on montre du doigt et qui dérange. Posons nous la question de savoir pourquoi justement il nous dérange.
Posons nous alors la question de savoir quel regard aimerions-nous voir posé sur nous, à sa place.
Notre coeur alors s'ouvrira encore de façon plus grande, plus spontanée. Parce que le jour malheureux que je ne souhaite bien évidemment à personne, où nous serons contraints de tendre notre propre main pour un peu d'aide, nous souhaiterions tant que la personne qui nous croisera nous ouvre son coeur. Par un seul regard. Un seul sourire. Par une seule autre main autrement tendue. Que l'on de disparaisse pas dans l'indifférence et la méfiance.
Ne pas se sentir agresser par les gens que l'on ne comprend pas et qui nous dérangent. Parce que nous nous sentons plus propres, plus forts, plus grands... Et plus socialement intégrés ? Ca veut dire quoi ?
En essayant de comprendre les autres, leurs souffrances, leurs conditions, leurs différences, on apprend à mieux aimer.
A mieux s'aimer soi-même. Et ça aussi, ça manque cruellement : "savoir S'aimer".
Comprendre la douleur des autres rend souvent moins vive notre prôpre douleur. Et on se sent moins seul. Et on se reconnait dans le regard des gens.
Le monde dans lequel nous vivons nous parraitra alors meilleur. Et nous découvrirons de nouvelles couleurs, des couleurs plus éclatantes. Et nous verrons alors que nous sommes aussi une couleur. Pour nous, et pour les autres, dans l'arc en ciel de la Vie et de sa diversité, de sa richesse.
Nous sommes aussi les autres. Nous sommes tous des êtres humains. Et "humain" est un mot fort dont on doit être fier.
C'est pourquoi, pour le bonheur que je vous souhaite en ce début d'année, je me permets de faire, pour vous, le voeu de la compassion.
Pensons-y ensemble.
Pour l'amour. Pour la tolérance. Pour nous tous.
Bonne année à tous.